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mercredi 17 avril 2013

Lili bouquine : Even dead things feel your love de Mathieu Guibé

Titre en VO : Even dead thing feel your love
Editeurs : Editions du Chat Noir
Site de l’auteur :
http://germinessensce.tahitosworld.info/
Ma note : 10/10
Quatrième de couverture :
Au terme de votre vie, à combien estimez-vous le nombre de minutes au cours desquelles vous avez commis une erreur irréparable ? De celle dont les conséquences régissent d’une douloureuse tyrannie vos agissements futurs jusqu’au trépas. Mon acte manqué ne dura pas plus d’une fraction de seconde et pourtant ma mémoire fracturée me renvoie sans cesse à cet instant précis tandis que la course du temps poursuit son inaltérable marche, m’éloignant toujours un peu plus de ce que j’ai perdu ce jour-là. Je me demande si notre dernière heure venue, les remords s’effacent, nous délestant ainsi d’un bagage bien lourd vers l’au-delà ou le néant, peu importe. Puis je me souviens alors qu’il s’agit là d’une délivrance qui m’est interdite, condamné à porter sur mes épaules ce fardeau à travers les âges, à moi qui suis immortel. L’amour ne devrait jamais être éternel, car nul ne pourrait endurer tant de douleur.

MON AVIS SUR LE LIVRE

C’est encore une excellente découverte que je viens vous présenter ici. Un roman francophone dans la tendance gothique romantique qu’on apprécie d’avoir entre les mains. Even dead things feel your love de Mathieu Guibé nous transporte dès les premières pages dans son univers tout en contraste. Le roman est Amour autant qu’il est Souffrance, il se construit de ses deux amants métaphoriques avides de se nourrir l’un de l’autre.

Une histoire qui pourrait sans conteste être issue du XIXème siècle. On m’aurait confié que Even dead thing feel your love avait un jour figuré sur la table de chevet de Bram Stoker, Oscar Wilde ou Edgar Allan Poe, je n’aurais pas été surprise le moins du monde.

L’univers de Mathieu Guibé est clairement imprégné de l’époque victorienne, tout autant que le sont ses personnages dont l’humeur mélancolique ramène au genre romantique.

Josiah Scarcewillow, notre principal narrateur, est complexe, difficile à cerner. Son identité clair-oscbur nous laisse souvent perplexe et bien que l’on développe facilement une certaine complicité avec lui, on ne peut nier qu’il nous effraie au même titre. C’est un personnage doué de tendresse comme de cruauté. Ainsi, dans cette histoire, il incarne à la fois le supplicié et le bourreau.

Le lecteur se lie très rapidement au personnage et ce malgré la noirceur d’âme de ce dernier. Il devient son complice et cautionne toutes les horreurs que Josiah démontre dans le roman. Le lecteur va même jusqu’à lui trouver des circonstances atténuantes et une en particulier qui se traduit par l’amour soudain que le vampire développe pour la jeune Abigail.

Bien que l’univers de Even dead things feel your love soit sombre et torturé, l’Amour est omniprésent. Il est même le centre autour duquel gravitent les personnages, jusqu’à se perdre dans le néant. On nous dévoile l’Amour sous ses jours les plus cruels. Il en devient un supplice duquel, pourtant, on ne voudrait se libérer pour rien au monde. Ainsi, Josiah se morfond dans ce masochisme que n’autorise que le sentiment amoureux. Il en va jusqu’à se perdre lui-même – dont il n’a pas si belle estime d’ailleurs – pour le souvenir de l’être aimé. On assiste alors à sa descente aux enfers sans appréhender un seul instant jusqu’où il pourra aller.

Mathieu Guibé, avec ce récit, fait se bousculer nos émotions. On passe de la tendresse, au dégout, à la compassion puis à l’horreur presque en une seconde à peine. L’auteur ne nous laisse aucun répit et nous envoie à la figure toute une kyrielle de sentiments contraires et pourtant compatibles.

Even dead things feel your love est semblable à un long poème. Une complainte, un requiem qui s’effile avec une lyrisme macabre sur près de 260 pages. Un pur régal !


ON ADORE : La plume de l’auteur – la complexité du personnage de Josiah et la complicité qui se développe avec le lecteur – le thème abordé.
ON REGRETTE : Que certains personnages secondaires, bien qu’importants, restent trop en retrait.


mercredi 19 décembre 2012

Lili bouquine : Anamorphose de Nathy

Titre en VO : Anamorphose, Invictus Tenebrae
Editeurs :Rebelle
Site de l’auteur : http://www.nathy.fr/Nathy/
Ma note : 7/10
Quatrième de couverture :
Que l’on soit vampire ou humain, le passé d’un être laisse des marques indélébiles.
Dante se souvenait de tout. La violence de l’attaque de Lucrezia. La panique ressentie quand les canines avaient effleuré sa peau et déchiré sa gorge. La douleur épouvantable qui fut la sienne ; le feu parcourant ses veines tandis qu’elle s’abreuvait de son sang. Les soubresauts de son corps refusant la perte de son fluide vital. Son envie de crier, alors qu’aucun son ne pouvait franchir ses lèvres. Des larmes qui coulaient sur son visage pendant qu’elle se délectait de sa vie. Son rire dément, ses humiliations, ses tortures.
Esclave, tel était son nom. Bien des siècles plus tard, une jeune humaine, Camille, aussi torturée que lui, croisera son chemin. Seront-ils capables d’échapper à leur obscur destin ?


MON AVIS SUR LE LIVRE

On m’avait prévenu que ce livre était de ceux que l’on n’oublie pas. On m’avait dit qu’il était différent. Un livre de vampire, oui, mais pas seulement. Vraiment pas. C’était d’ailleurs les principales raisons qui m’avaient poussée à me le procurer, en plus de sa couverture énigmatique et d’une quatrième de couverture qui donne un aperçu très agréable de la plume de Nathy. En effet, Anamorphose est un roman vraiment inédit, qui marque les esprits d’une manière assez singulière.

Si ce n’est pas un coup de cœur, le bouquin me restera en mémoire à coup sur. Nathy a su me transmettre, à travers son écriture somptueusement mélancolique, un panel d’émotions incroyable.

C’est un roman qui parle avant tout de ses personnages, de leurs souffrances, de leurs misères, de tout ce qui les a ramenés plus bas que terre. Dans Anamorphose, l’auteure nous dessine le portrait de deux être ravagés par la vie. Nous avons tout d’abord Dante, vampire de la renaissance italienne qui porte son lourd passé comme une cicatrise en travers du cœur. Puis il est question de Camille, jeune femme contemporaine, qui cache son malheur et sa solitude sous d’épaisses couches de vêtements. Pour chacun d’eux, la vie semble n’être qu’une douleur qu’ils se contraignent à endurer jour après jour, péniblement, mais avec témérité. Comme s’ils pensaient l’avoir mérité.

J’avancerais, sans trop me tromper, que l’un des sujets principaux de ce roman est la souffrance. Elle y est en tout cas décrite sous plusieurs formes, et parfois assez crument. L’horreur que dépeint l’auteure dans son livre transpire des pages et nous colle des frissons à coup sûr.

La douleur couvre une grande partie de ce livre, c’est indéniable, néanmoins, la reconstruction des deux personnages, qui, après s’être rencontrés, trouverons la force d’affronter leurs démons et de leur faire baisser l’échine, est d’autant plus présente. C’est ce merveilleux sentiment d’union, cette certitude que tout est moins dur lorsqu’on est soudés, qui donne une beauté certaine aux écrits de Nathy.

Anamorphose offre une panoplie d’émotions indescriptibles. Je me souviens parfaitement des sentiments qui m’ont envahie lors de ma lecture, je me rappelle de ce que cela m’a fait, là, juste dans le creux du ventre, mais suis incapable de mettre un nom sur cette sensation. Qui lira, saura.

Cette découverte aurait pu être une vraie perle si ma lecture n’avait pas été entachée par la fin. L’intrigue et le dénouement qui se construisent dans le quatrième quart du roman ne m’ont absolument pas convaincue, et s’ils ajoutent un peu d’action au roman, qui jusqu’alors était très mélancolique, j’ai trouvé le tout trop rapide, et incongru. Pour moi, cela n’avait rien à voir avec l’histoire, ou du moins c’était mal agencé.

Ce n’est toutefois pas ce que je retiens de ce livre, il reste tout de même absolument bouleversant, innovant et inoubliable.

Mon conseil : Lisez-le !

ON ADORE : Les émotions que l’auteure nous fait ressentir tout au long de son histoire.
ON REGRETTE : Le quatrième quart, où se déroule « l’action » du roman.